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TCA & Canicule : ce que nous dit la littérature scientifique


Chaque été, les autorités sanitaires rappellent les gestes essentiels pour se protéger des fortes chaleurs. Les messages ciblent principalement les jeunes enfants, les personnes âgées ou celles atteintes de maladies chroniques. Pourtant, les personnes vivant avec un trouble des conduites alimentaires (TCA) constituent également une population particulièrement vulnérable, alors même que ce risque est rarement évoqué.


Une vulnérabilité physiologique souvent sous-estimée L'organisme dispose de plusieurs mécanismes lui permettant de maintenir une température corporelle stable : transpiration, redistribution du flux sanguin vers la peau, augmentation du travail cardiovasculaire et maintien d'une hydratation suffisante.

Chez les personnes souffrant d'un TCA, ces mécanismes peuvent être altérés. La dénutrition, la perte de masse musculaire, les épisodes de vomissements, l'utilisation de laxatifs ou de diurétiques, ainsi que les déséquilibres hydro-électrolytiques fréquemment observés dans certains TCA réduisent les capacités d'adaptation à la chaleur.

Ces facteurs augmentent le risque de déshydratation, de malaises, de syncopes et, dans les situations les plus graves, de coup de chaleur.


La chaleur agit également sur la santé mentale Les conséquences psychologiques de la chaleur sont aujourd'hui bien documentées.

Une revue systématique publiée par Thompson et al. (2018) montre que les épisodes de fortes chaleurs sont associés à une augmentation des hospitalisations psychiatriques, des passages aux urgences et de la mortalité liée aux troubles mentaux.

Plus récemment, Christodoulou et al. (2024) ont confirmé l'existence d'une augmentation des recours aux services psychiatriques lors des vagues de chaleur.

Si ces études ne portent pas spécifiquement sur les TCA, elles soulignent que les personnes présentant une vulnérabilité psychique peuvent être davantage affectées par les épisodes de chaleur extrême.


Pourquoi l'été peut-il être particulièrement difficile ? Au-delà des effets physiologiques, la période estivale modifie notre rapport au corps.

Les vêtements plus légers, les activités aquatiques, les vacances, les commentaires sur le « corps d'été » ou encore l'omniprésence des images sur les réseaux sociaux peuvent accentuer les préoccupations corporelles.


Une étude de Sloan et Keel (2002) a montré qu'un climat chaud était associé à davantage d'insatisfaction corporelle ainsi qu'à une fréquence plus importante de comportements boulimiques. Les auteurs avancent l'hypothèse qu'une plus grande exposition du corps favorise les comparaisons sociales et les préoccupations liées à l'apparence.


Un nouveau défi : le changement climatique En 2023, Rodgers et plusieurs chercheurs internationaux ont publié un article appelant à mieux étudier les interactions entre changement climatique et troubles des conduites alimentaires.

Ils proposent plusieurs mécanismes susceptibles d'influencer les TCA :

  • l'augmentation de la fréquence des vagues de chaleur ;

  • l'insécurité alimentaire liée aux événements climatiques ;

  • les conséquences psychologiques du changement climatique, notamment l'éco-anxiété ;

  • les inégalités d'accès aux soins et aux ressources.

Les auteurs insistent sur un point essentiel : il s'agit d'un champ de recherche émergent qui nécessite encore de nombreuses études.


Que retenir ? À ce jour, la littérature scientifique ne permet pas d'affirmer que la canicule provoque ou aggrave directement les troubles des conduites alimentaires.

En revanche, les données disponibles convergent vers une même conclusion : les personnes vivant avec un TCA cumulent plusieurs facteurs de vulnérabilité susceptibles de rendre les épisodes de fortes chaleurs plus difficiles à traverser, tant sur le plan physique que psychologique.

Cette réalité mérite d'être mieux connue des personnes concernées, de leurs proches et des professionnels de santé, afin d'adapter les messages de prévention lors des épisodes de canicule.

Références

  • Christodoulou N., et al. (2024). Heatwaves and mental disorders: A study on national emergency and weather services data. European Journal of Psychiatry.

  • Lepeule J. Canicules : effets sur la santé. Université de Lausanne.

  • Rodgers R. F., Paxton S. J., Nagata J. M., Becker A. E., et al. (2023). The impact of climate change on eating disorders: An urgent call for research. International Journal of Eating Disorders.

  • Sloan D. M., & Keel P. K. (2002). Does warm weather climate affect eating disorder pathology? International Journal of Eating Disorders.

  • Thompson R., Hornigold R., Page L., & Waite T. (2018). Associations between high ambient temperatures and heat waves with mental health outcomes: A systematic review.

  • Chaleur accablante et santé mentale : les leçons à tirer des épisodes caniculaires. Santé mentale au Québec, 36(2), 2011.




 
 
 

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